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Témoignages

  • Anna, Membre de l'association «  Moissons Solidaires »
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  • Découvrez les membres de la conquête du pain: la boulangerie éco-gérée,
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  • Lilianne, référente du comité relations extérieures de l’Accorderie du Grand Belleville
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  • Penelope, membre de la Coopérative Alimentaire Sociale et Solidaire l’Indépendante
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Lilianne, référente du comité relations extérieures de l’Accorderie du Grand Belleville
 

 Pouvez-vous m’expliciter votre rôle dans l’Accorderie du Grand Belleville ?
 
 
Je m’appelle Lilianne, je fais partie du Conseil des Accordeurs du Grand Belleville, et je suis plus spécialement référente du comité relations extérieures-finances de l’Accorderie.
Je n’y suis pas depuis sa création, parce qu’au départ elle n’était que sur le territoire de Belleville, et puis elle s’est agrandie sur l’ensemble des 4 arrondissements (11ème, 10ème, 20ème, et bas du 19ème). J’ai rejoint l’Accorderie début 2014.
C’était plus par militantisme parce que je crois beaucoup à la valeur du travail au delà de l’aspect financier, et que ce type d’échange en dehors de la notion d’argent, je trouvais ça très intéressant.
Je participe aussi aux grandes rencontres au niveau national. Actuellement il y a plus d’une trentaine d’accorderies en France car ça correspond à un besoin de beaucoup de personnes.
Mais ce n’est pas évident de faire prendre conscience aux gens de leurs besoins réels, d’arriver à les définir et de trouver des solutions. Ce n’est pas toujours évident que la personne sache quelles sont ses compétences et de les mettre en harmonie avec les besoins de l’accorderie ou des autres accordeurs.


Crédit: Accorderie du Grand Belleville

 

Pouvez-vous m’expliquer avant de continuer en quoi correspond une accorderie et quels types d’échanges peuvent s’y opérer ?
 
 
Une accorderie est un système d’échange de services, au départ, mais cela va au delà, car il y a le service individuel (d’une personne à une autre), il y a le service collectif (un accordeur propose un atelier et fait participer les autres : par exemple un des accordeurs propose des visites de quartier ou des ateliers d’initiation à la cuisine, c’est donc un accordeur qui propose un atelier et un groupe d’accordeurs qui s’y inscrivent), et enfin il y a les échanges associatifs, c’est-à-dire le travail qui est effectué pour l’accorderie : travail de secrétariat, de création de dossiers, réflexion sur l’organisation, sur la gestion ou les financements…
Il y a 4 comités : un comité accueil qui est chargé des réunions d’informations collectives et de l’accueil des personnes pour les inscriptions ; y a un comité animation qui s’occupe des ateliers de groupes, des ateliers individuels… Car les échanges individuels se font sans la participation des accordeurs, mais tout ce qui est atelier collectif ou tenue des stands, si. Ensuite il y a un comité communication qui s’occupe de la mise à jour de notre site, de notre petit journal, de la future page Facebook… Y a aussi le comité finance et relations extérieures qui touche à tout ce qui est partenariats, recherches de financements, l’organisation des contacts avec les réseaux.
 
On a tous signé une clause de franchise sociale avec le Réseau des Accorderies de France et cela nous crée des obligations, mais d’un autre côté on profite de l’expérience des accorderies sur l’ensemble du territoire.
Cela nous permet aussi d’évoluer dans notre façon de fonctionner, par exemple on a aussi une instance de médiation, car il peut y avoir des litiges entre accordeurs. En effet, les compétences des accordeurs ne sont pas toujours professionnelles, même si on a des accordeurs retraités qui exerçaient déjà cette profession.
Mais il y a d’autres personnes qui proposent d’autres services, comme une personne qui sait coudre sans être couturière. Donc il se peut qu’elle mette plus de temps que prévu à réaliser un ourlet, et la personne qui reçoit la personne pourrait se dire « tu m’as demandé 2 heures pour cela, est-ce vraiment possible ? ».
Du coup on a parfois besoin d’intervenir pour qu’ils se mettent d’accord, et pour établir un devis. Ou par exemple : si il y a un échange qui est opéré du 11ème au 18ème, il y a un temps de trajet qui est important, donc on ne peut pas forcément demander un échange d’une heure à une personne qui est trop éloignée.
Par contre moi j’ai participé à un chantier de peinture pour repeindre ses fenêtres, eh bien sur une journée, c’est jouable.
C’est un apprentissage de la part des accordeurs/euses, qu’il faut évaluer, d’où l’importance de l’instance de médiation.
Donc ce sont des petites choses que l’on met en place, par expérience, en dialoguant avec les accorderies d’autres régions. Une accorderie n’est pas quelque chose de figé, c’est en perpétuelle mutation.
 

Mais alors si vous acceptez de donner une heure de service à une personne, c’est cette même personne qui devra vous rendre le service ?
 
 
Pas du tout, non non. Une accorderie est une banque de temps. Chaque accordeur a un espace membre, il peut accéder à toutes les rubriques qui sont proposées sur l’ensemble du territoire. Il a un accès privilégié sur les services proposés par son accorderie. Il a une vue sur son compte temps, il a en direct les heures qu’il a effectuées et reçues, avec le libellé en face, donc il peut gérer son compte temps, son espace membre s’il veut faire évoluer ses services. De plus, un accordeur qui habite Paris et qui vient rendre service à Montpellier pour aussi trouver un accordeur qui pourra l’héberger. C’est des échanges qui peuvent se faire sur l’ensemble du territoire mais pour des choses bien ponctuelles, et l’hébergement en fait parti.

 

Et les échanges de services sont-ils accompagnés de transmission de savoirs ?
 
 
Ah oui complétement, parce qu’au niveau des ateliers collectifs, leur but, tout comme les échanges individuels, c’est d’apprendre à l’autre.
Ce n’est pas faire à la place de l’autre. Quand j’ai fait les travaux de fenêtre, je lui ai montré qu’il y avait du ponçage à faire, une peinture d’après, plusieurs couches…. Je ne voulais pas le faire entièrement à sa place.
Les ateliers ne serait-ce que de visite du quartier sont bien pour transmettre la connaissance du patrimoine parisien. On a par exemple un accordeur passionné du cimetière du Père Lachaise. Il y a toujours des accordeurs avec le désir d’apprendre et d’enseigner ! Après il y aussi de simples coups de mains : quand on fait du gardiennage d’animaux, on ne transmet rien, ce sont des choses ponctuelles.
 

 Vous confrontez-vous parfois à des limites ou des blocages dans le fonctionnement de l’accorderie ?
 
 
Les expériences peuvent en effet être différentes selon les territoires et l’échiquier politique de la ville… y a des informations que l’on transmet lors des réunions inter-accorderies pour améliorer leur fonctionnement interne et motiver, impliquer beaucoup plus les accordeurs dans la vie de l’accorderie.
Il y a parfois des accordeurs/euses qui sont des utilisateurs et qui viennent là pour du service. On s’inscrit, on profite du système…
Mais il peut y avoir un compte négatif ! A l’inscription on donne 15 heures de service pour commencer les échanges. Il doit équilibrer les heures, vérifier son compte, re-proposer des services pour compléter, en s’inscrivant, s’il n’a pas d’idées de services, à des permanences ou des participations à des stands… ça leur permet de gagner quelques heures. Mais le but reste l’équilibre dans un sens comme dans l’autre. Des accordeurs trop impliqués, c’est aussi un problème parce que c’est un temps qu’on doit rattraper.
Il y a un autre problème fondamental qui limite le fonctionnement des accorderies, et notamment des accorderies parisiennes. C’est le fait qu’elles soient encore des accorderies portées (par des régies de Quartier, des centres sociaux...). Elles n’ont pas leur association propre, toutes les autres oui.
Le réseau des Accorderies de France n’existait pas, il n’y avait pas de convention ou de franchise sociale qui avait été signée quand elles ont été créées, ce qui fait qu’on est en voie d’autonomisation. On est en train de créer notre association autonome, et pour l’instant on est hébergés au centre social. On a des devoirs vis-à-vis du réseau, mais tout ce qui est demande de subventions etc, c’est l’organisme porteur qui s’en occupe (ici la direction du centre social transmet les demandes). C’est très difficile de fonctionner au niveau de la gestion et de l’administration.

 

Auriez-vous un souvenir d’un service qui vous aurait marqué plus que les autres ?
 
 
Il y a des genres de choses un peu incongrues qu’on a écartées. On essaie d’être vigilants, s’il y a des accordeurs qui proposent des choses qui attraient par exemple à des soins médicaux, on reste prudents. Coupe de cheveux, teintures OK, mais ça reste très limité. On a eu un artiste qui a eu besoin de modèles nus, on a donc essayé de lui faire comprendre que c’était pas possible. On est obligés de protéger certaines personnes de certains services car elles seraient tentées d’accepter puisque ce service vient de l’accorderie. Il faut se rendre compte qu’il y a des limites à ne pas dépasser.
Mais il y a eu de très belles choses sur des ateliers de cuisine bulgare par exemple, ça s’est terminé de manière très festive !


 Qu’est-ce qui vous plait le plus dans votre engagement dans l’Accorderie ?
 
 
Construire quelque chose et faire évoluer la société. C’est très prétentieux mais je voudrais vraiment que les mentalités changent et faire reconnaître le travail comme n’étant pas seulement un poste pour lequel on effectue une tâche, en étant rémunéré seulement pour cette tâche. Le travail est quelque chose de beaucoup plus global qui emploie toutes les richesses d’un individu. Ce n’est pas qu’un travail répétitif, il doit être complexe et porteur d’engagement de la personne.